En dehors de tout jugement moral, cette mesure est économiquement mauvaise. En effet, le rendement en terme de croissance du PIB d’une mesure sur le coût du travail est d’autant plus important qu’elle concerne des catégories sociales les moins riches. Pour ces dernières catégories toute augmentation du pouvoir d’achat est immédiatement investie dans la consommation soit un rendement de 100% alors que plus les catégories sont favorisées plus la propension à épargner augmente et plus le rendement baisse. Par rapport à ce principe, quels sont les impacts de la mesure proposée.

  • Premièrement, contrairement à toutes les politiques de baisse des charges sur les bas revenus, la mesure se traduit par un transfert de pouvoir d’achat entre catégories qui va avoir un effet négatif sur la croissance du PIB, croissance qui permet de donner plus à tous. Pour qu'il y ait des heures supplémentaires, il faut du travail en plus, donc de la croissance : c’est l’inverse que Nicolas Sarkozy nous propose avec cette mesure.
  • Deuxièmement, cet effet va être amplifié par les comportements micro-économiques, les entreprises vont vouloir développer les heures supplémentaires car cela sera à court terme plus créateur de valeur. Mais si tous les entreprises vont dans la même direction il faudra compenser cette baisse par une augmentation des charges (a taux de prélèvement et sauf à transférer sur un autre impôts comme le propose l’UDF par exemple), d’où moins de croissance du PIB à charge constante.
  • Troisièmement, non seulement les charges globales ne baiseront pas mais augmenteront car, l’augmentation des heures supplémentaires avec une baisse de la croissance PIB se traduiront par une diminution du nombres des emplois, et donc par plus de charges et moins de croissance.

En conclusion, cette mesure nous entraînerait dans une spirale économique vicieuse qui, contrairement à ce qu’annonce Nicolas Sarkozy, ne remettra pas la France sur le chemin de la croissance pas plus que durant les cinq dernières années durant lesquelles les politiques soutenues par Nicolas Sarkozy se sont traduites par une moindre croissance du PIB par rapport aux autres pays, contrairement à la période précédente.

Cette mesure est mauvaise pour la société pour trois raisons au moins :

  • Premièrement elle renforce les oppositions entre les catégories sociales alors que l’état est là pour renforcer le liens social : l’individualisme n’a pas besoin d’un état car il est dans la nature même de l’individu. En effet, le discourt qui sous-tend la proposition oppose ceux qui seraient sensés vouloir travailler et ceux qui sont des paresseux voire des parasites, entre les travailleurs aux SMIC qui ne travailleraient pas dur à la classe moyenne qui elle travailleraient. Même si les parasites existent, ils ne sont ni plus ni moins nombreux en proportion que les patrons « voyous ».
  • Deuxièmement, comme évoquer ci-dessus, cette mesure a un effet négatif sur le nombre d’emplois et donc, toute choses étant égales par ailleurs, augmente le nombre de chômeurs et l’exclusion.
  • Troisièmement, cette mesure crée pour la première fois au monde le concept d’impôt dégressif, le taux marginal sur les heures supplémentaires est nul alors qu’il s’agit d’un revenu additionnel. Il s’agit là d’une régression importante qui nous ramène à avant la création de l’impôt à taux unique.

En conclusion, cette mesure flatte notre individualisme, notre animalité et exclu une partie de la population ; cette mesure nous rabaisse ; elle développe l’individualisme au détriment de la société, elle nous éloigne la politique au sens de bonne gouvernance des sociétés humaines pour nous rapprocher de la politique politicienne qui valorise l’habilité, l’adresse et le calcul intéressé.

Cette mesure nuit au capitalisme. Le capitalisme est en fait ni bon ni mauvais, il est. Ce système permet de tirer le maximum des énergies de chacun. Cette force ainsi créée peut tirer la société soit vers le haut soit vers le bas en fonction des règles que la société à mise en place. Cette mesure, en incitant les entreprises à réduire le nombre de leurs emplois donne une mauvaise image des entreprises, des dirigeants, des actionnaires et donc du capitalisme. Même si ce n’est pas la faute du capitalisme, c’est lui qui sera coupable et qui sera condamné. En conclusion, en orientant la force du capitalisme contre les intérêts de la société, cette mesure en donne une image négative et offre aux anti-capitalistes les raisons et les armes pour lutter. Cet aspect sera plus développé lorsque nous aborderons la question des droits de succession.

Cette mesure est donc contraire à l’esprit d’une droite humaniste. Elle réveille même le souvenir d’une droite populiste et égoïste qui est une tentation toujours présente à droite contre laquelle nous devons résister et lutter. Plusieurs éléments pousse Nicolas Sarkozy à faire cette proposition. Le premier est sans doute de vider de toute substance la loi sur les 35h qui est une des bêtes noires de nombreux hommes de droite sans toutefois revenir sur un acquis. Le deuxième est de surfer sur la monté de l’individualisme croissant et de faire croire que ce qui veulent travailler plus pour gagner plus le pourront alors que la caissière qui est à mi-temps et voudrait gagner plus en ayant un plein temps n’y arrive pas. La troisième, serait une croyance profonde en une organisation de la société. Ce serait sans doute la motivation la plus honorable, mais certainement la plus dangereuse. Mais peut-on savoir !

Les échos partagent ce point de vue : Dr Sarko and Mr CAC